Rapports de pouvoir, objectifs communs et modes de connaissance
« Je crois qu’il est essentiel de toujours clarifier les objectifs communs, d’être conscient des rapports de pouvoir et d’être attentif aux éventuels écarts entre les parties concernées. »
Qu’est-ce que la co-création, au juste ? Pour mieux comprendre le sens de ce terme, j’aimerais examiner séparément ses deux éléments, « co » et « création ».
« Co », pour moi, renvoie à la dimension collaborative du mot. Je crois qu’il est essentiel de toujours clarifier les objectifs communs, d’être conscient des rapports de pouvoir et d’être attentif aux éventuels écarts entre les parties concernées. Quand je pense à mon propre rôle, en tant que personne blanche non autochtone, originaire d’Allemagne de l’Est, dans le contexte de processus co-créatifs, je m’inspire de Lilla Watson, artiste visuelle, militante et universitaire murri, qui dit : « Si vous êtes venu m’aider, vous perdez votre temps. Mais si vous êtes venu parce que votre libération est liée à la mienne, alors travaillons ensemble. » (cité dans Chin 2016)
La partie « création » du mot est quelque chose que j’associe à différentes façons de connaître, et je pense qu’il est nécessaire de mieux reconnaître les divers « lieux » où résident les savoirs. Pour mieux l’expliquer, j’ai extrait un passage du livre On Connection de Kae Tempest (Tempest 2020), artiste de spoken word, musicien·ne et poète anglais·e. Iel y explique le concept de « créativité », ce qui résonne fortement avec ma manière d’envisager la « création ». Tempest nous invite à prendre conscience des nombreuses façons d’être créatif·ve, des gestes qui paraissent ordinaires au premier abord, comme bien s’habiller ou peindre un rebord de fenêtre, mais qui sont tout aussi créatifs que la production artistique. Tempest élargit notre compréhension de qui peut s’engager dans un travail créatif (tout le monde), de la manière dont cela peut se faire (sous toute forme et modalité) et de l’endroit où cela peut se déployer (partout), ce qui, à mon sens, vaut tout autant pour la « création ».
Par conséquent, pour moi, la recherche co-créative consiste à prendre conscience de ce que nous voulons accomplir sur le plan personnel et professionnel, à être capables de reconnaître et de faire reconnaître différentes façons de connaître, et à trouver des manières nouvelles et justes de travailler ensemble.
Références :
Chin, Elizabeth. 2016. « Collaboration: Deviation. » Society for Cultural Anthropology, Collaboration, , octobre. https://culanth.org/fieldsights/collaboration-deviation.
Tempest, Kae. 2020. On Connection : “Powerful” MATT HAIG. Main Edition. Londres : Faber & Faber.

